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mardi 13 novembre 2018

LE DON


L’AVENIR EST À L’ÉCONOMIE DU DON
Publié le 12 novembre 2018 par Solidarités Émergentes
L’anthropologue Alain Caillé, dans ses travaux du laboratoire MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), en hommage à Marcel Mauss et à ses recherches sur le don, propose une (nouvelle) vision des rapports sociaux. Il postule que le paradigme fondateur des relations sociales est en fait celui du don, antérieur historiquement comme l’a démontré Marcel Mauss, puisqu’il est la base d’échanges des peuples premiers et de ce fait précède les autres formes mercantiles et marchandes qui ont suivi.
La spécificité du don est qu’il permet à la fois de faire le lien et d’éviter les conflits. « La triple obligation de donner, recevoir et rendre, constitue l’universel socio-anthropologique sur lequel se sont construites toutes les sociétés anciennes et traditionnelles. (…) Le don constitue le moteur et le performatif par excellence des alliances (Alain Caillé) ». Il permet d’éviter les guerres et entretient la paix entre les tribus, peuples, communautés. « Donner consiste à prendre l’initiative dans l’échange ; recevoir suppose de manifester explicitement la reconnaissance de la valeur du geste du donateur ; rendre conduit à donner à son tour. Ces trois étapes sont les éléments d’un cycle sans fin, donateurs et donataires occupant successivement une place puis l’autre. En effet on n’est jamais quitte dans ce type de transaction : le principe d’équivalence n’habite pas ces cultures. Le but de ces échanges n’est pas de troquer des biens ou des services, mais de créer des liens (Norbert Alter, Donner et prendre – La coopération en entreprise) ». C’est l’inégalité entre les individus qui permet d’éviter le conflit, car s’ils se perçoivent égaux, il y a alors risque de conflit, au sens de la rivalité mimétique de René Girard. Le don comme les rites d’hospitalité « visent à éviter une situation d’égalité entre l’étranger et la société hôte, égalité qui est nécessairement source de rivalité et donc de conflit (Julian Pitt-Rivers, Anthropologie de l’honneur – La mésaventure de Sichem) ».
Le don repose sur la confiance, « l’approche par le don apporte l’observation que ces réseaux sont des réseaux de confiance et de loyauté et que c’est par l’intermédiaire de l’acceptation (ou du refus) du don/contre-don qu’ils se font (ou se défont). Aussi longtemps que la confiance demeure effective, la coopération est possible et il se produit alors un endettement mutuel positif, un jeu qu’on dirait aujourd’hui gagnant/gagnant (Alain Caillé) ».
Avec la sociologie anthropologie du don, on passe de la sociologie de l’individualisme méthodologique, qui explique tout par l’intérêt individuel et la rationalité, qui a constitué le cadre de référence des travaux de Michel Crozier (L’Acteur et le Système) et qui correspond au paradigme moderne/postmoderne, à la sociologie du holisme. Ce que décrivent Alain Caillé et les autres auteurs dans la mouvance des travaux de Marcel Mauss avec son tiers paradigme, c’est un retour aux pratiques des peuples premiers, pour lesquels les échanges reposent sur le don : donner, recevoir et rendre, créant la dynamique sans fin, du lien et des échanges sociaux, privilégiant la paix à la guerre et aux conflits (trop coûteux), encourageant la confiance, la loyauté, la gratitude et reposant sur un échange d’émotions positives nourrissant les relations sociales.
Christine Marsan
Extrait de l’ouvrage « S’approprier les clés de la mutation », sous la direction de Christine Marsan, 2013, éditions Chronique sociale, pp 187-189

Apprendre à l'autre à se servir d'un ordinateur est un don et non un troc

mercredi 3 octobre 2018

LA GRATUITÉ


Problèmes liés à la gratuité
La liberté de la loi de l'offre et de la demande est un leurre : car si l'offre est libre, la demande ne l'est pas, le demandeur (consommateur) est manipulé par l'offre (publicité, démarchage, médias, cookies et plus). Donc pour rééquilibrer la chose, il faut réglementer l'offre (contrôle de la qualité, fraude, abus, toxicité, nuisances, dangerosité pour la santé physique et mentale de l'espèce, etc.). Or ce que l'on observe quand l'échange est gratuit, c'est qu'il n'y a pas ou peu de contrôle. Exemple : la télé avec des émissions à caractère toxique. Pire sur le net, avec les jeux vidéo de combats gratuits gores (Assassin est le dernier que j'ai vu sortir) dignes de l'entraînement de la Hitlerjugend.
En plus de l'addiction que peuvent entraîner les jeux et de leur toxicité pour la psyché, avec accroissement des tendances paranoïaques et autres troubles mentaux, cette gratuité est elle même un leurre car il y a capture sournoise de Big Data sur le net, infection de "chevaux de Troie". Le net est comparable au Far-West "au delà du Pecos" sans loi, où règnent les pires escrocs, le porno, les flibustiers de tous poils, et les entrepreneurs aux dents longues.
Dans l'antiquité, la loi naturelle du libre échange était propre car naïve. Au début du troc de biens, d'objets et de services, puis un des objets du troc fut remplacé par une valeur monétaire admise, d'abord les métaux et principalement l'or et l'argent. Le caractère concret de cette valeur évolua par l’apparition de la lettre de change, puis le papier monnaie, pour disparaître complètement à l’ère de la monnaie numérique virtuelle, manipulable à merci. De plus, s'il y avait déjà des achats forcés et induits dans le passé, ces techniques d'induction se sont considérablement développées au XXéme siècle avec l'intelligence émotionnelle, l'hypnose conversationnelle, l’ingénierie psychologique de la publicité. Pourtant ce concept et cette notion de libre échange naïf, au cœur de la théorie économique néo libérale existe toujours. De ce qui précède nous pouvons conclure que cette notion est fausse, lacunaire et intentionnellement biaisée, comme l'est la théorie elle-même. La théorie libérale n'a donc rien de scientifique, elle n'est qu'une justification douteuse des acteurs qui s'en servent pour dominer l'économie mondiale. La théorie marxiste ne vaut pas mieux puisqu'elle sert à justifier une dictature barbare, soi-disant du prolétariat, mais en fait au bénéfice d'une intelligentsia politique oligarchique. Jean-Louis Tripon.

La question de la gratuité revoie à la question du don et se situe à un autre niveau que la question de l'offre et de la demande qui est au niveau du contrat. La gratuité ne peut s'appliquer à tout mais n'est pas à rejeter comme cela. Il y a bien sûr des fausses gratuités (expl : gratuité des transports) et des quasi gratuités qui ont une contrepartie (expl : le web). Je commence à lire un livre en Anglais, sur les recommandations de Rodrigo, qui explique que le web tue la démocratie. La gratuité renvoie à ce qui n'a pas de prix, c'est à dire la vie. Il est parfaitement envisageable qu''il y ait des pans entiers de notre existence qui soient sous le registre de la gratuité.


Mon œuvre de transmission est gratuite, mais je reçois un salaire ou plutôt une récompense objective non financière, dans le fait que mes élèves comme Thibaut, Kpossi et Roger, transmettent à leur tour ce qu'ils ont reçu de moi, et que le cercle des harmoniques de pleine conscience s'étend. C'est un troc entre ce que je donne et un résultat futur, un troc dont j'ai conscience au départ, sinon je ne m'y serais pas engagé, et que le résultat obtenu confirme. Cette chose n'a pas de prix car nulle quantité financière aussi haute soit-elle ne peut l'obtenir en contrepartie. Si la gratuité n'est pas lucrative, elle vise un objectif, procède d'une intention de celui ou du système qui donne, sinon elle est vide de sens, l'altruisme absolu n'existe pas. Elle peut être malhonnête ou perverse (le net), obéir à la satisfaction d'une éthique ou d'une conviction et pratique religieuse (l’abbé Pierre), ou plus objectivement dans la transmission d'un savoir ou d'un savoir faire par l'enseignant. De même, les aides de l'état (RSA, aide au logement) visent la paix sociale, donc une économie en forces de maintien de l'ordre. Les principes confucéens conseillent à l'empereur de Chine d'ouvrir gratuitement ses greniers en cas de famine, pour se faire aimer du peuple et régner sans conteste. La valeur du don se juge par la contrepartie de la réalisation de l'objectif qu'il implique, s'il n'y a pas de contrepartie c'est un échec et sa valeur est nulle. Le fou qui donne dans l'inconscience donne donc une chose sans valeur, mais qui peut aléatoirement en avoir une si celui qui la reçoit en fait quelque chose d'utile. C'est ainsi que je conçois l'économie de la gratuité...